18
L’esprit de Gwen n’était plus qu’un tourbillon sombre et agité. La nuit précédente, elle avait réussi à ignorer son attirance pour Sabin parce qu’il s’était allongé sur le lit, tout près d’elle, mais comme l’aurait fait un frère, sans manifester le moindre désir. Ensuite il s’était endormi. Elle avait respiré à pleins poumons ses effluves de menthe et de citron. Elle s’était laissé envelopper par sa chaleur, bercer par son souffle rauque, tous les sens en éveil, pleine d’une envie monstrueuse d’être caressée, le cœur battant. Mais il n’avait pas bougé.
Elle avait tout de même compris qu’elle n’arrivait pas à l’ignorer. Elle voulait tout savoir de lui, passer chaque minute de la journée près de lui, le posséder.
— Tu vas le posséder ! hurla une voix dans sa tête.
La harpie. Celle qui tirait les ficelles dans l’ombre. Celle qui lui inspirait ses fantasmes. Après tout, quelle importance si Sabin n’était pas l’homme de ses rêves ? Quelle importance qu’il soit prêt à la trahir pour sa cause ?
En revanche, s’il espérait profiter de ses sœurs, il le paierait cher.
Elle savait que cette jalousie déplacée lui venait du démon de la Crainte, dont elle avait reconnu le murmure empoisonné. Mais elle n’avait rien pu faire pour endiguer le flot de haine et de violence déclenché par ses paroles. Sabin et Kaia… Non ! Jamais. Personne n’avait le droit de le toucher. Elle ne comprenait pas pourquoi elle réagissait si fortement à l’idée de le partager, mais peu lui importait.
Sabin avait plusieurs fois prétendu ne désirer qu’elle. Il avait intérêt à le prouver.
Elle l’avait coincé contre un arbre et il ne pouvait lui échapper. Il était à elle. À elle. Et il ferait ce qu’elle exigerait de lui. Pour commencer, elle le voulait nu. Il avait déjà ôté sa chemise pendant l’entraînement, il n’avait plus que son pantalon qu’elle s’empressa de déchiqueter. Il n’en resta plus que des lambeaux que la brise tiède emporta.
Et il n’avait pas de slip.
— Je ne trouve plus mes slips, dit-il d’un air gêné. Je crois que tes sœurs me les ont volés.
Elle ne répondit pas. Elle était entièrement absorbée par la contemplation de son sexe en érection, qui se dressait librement, victorieusement, long et épais. Elle poussa une sorte de miaulement de convoitise.
— Tu es à moi, répéta-t-elle tout en refermant ses doigts sur son sexe.
Elle ne reconnaissait pas sa propre voix. Elle la trouva plus aiguë, plus écorchée.
Une perle blanche et poisseuse se déposa sur sa main.
Il se cambra, pour obliger cette main à glisser vers la base de son pénis.
— Oui ! cria-t-il.
Elle accentua la pression de ses doigts. Sa vision avait légèrement changé et virait aux infrarouges. Elle voyait la chaleur qui se dégageait de lui.
— Dis à ton démon de se tenir tranquille ou je l’étripe, dit-elle.
— Il n’a pas ouvert la bouche depuis que tu t’es envolée, assura-t-il.
Sa harpie avait effrayé Crainte. Parfait. Elle avait dû aussi effrayer les animaux et les insectes de la forêt, car son oreille ne percevait plus aucun son émanant d’un être vivant – pas un pépiement d’oiseau, pas un bruit de pas. Elle était seule avec Sabin, à plus de deux kilomètres du château.
— Arrache-moi mes vêtements, dit-elle d’un ton impatient. Tout de suite.
Il n’avait pas l’habitude de recevoir des ordres et mit quelques secondes à réagir. Elle n’était pas patiente et entreprit de se déshabiller elle-même, puisqu’il restait les bras ballants. Il protesta.
— Baisse tes mains, dit-il.
Elle ne se fit pas prier et il s’arrangea pour la débarrasser de ses vêtements sans s’écarter d’elle. Elle se retrouva enfin nue et se colla à lui. Le contact de sa peau moite contre la sienne lui arracha un gémissement.
— Tu es belle, murmura-t-il.
Comme il lui caressait le dos, il s’arrêta net.
— Des ailes ?
— Ça te pose un problème ?
La brise caressait au passage ses seins et son entrejambe, accentuant la douleur sourde qui s’y était logée depuis l’épisode de la douche et ne lui laissait plus de répit.
— Montre-les-moi, je veux les voir.
Elle se tourna et attendit sa réaction. Il demeura quelques instants silencieux, interdit. Elle ne l’entendait même plus respirer. Puis il effleura les deux petites excroissances qui lui tenaient lieu d’ailes.
— Elles sont magnifiques, dit-il.
Aucun homme n’avait jamais vu les discrètes ailes de Gwen, qui se dissimulaient aisément dans deux invisibles fentes de son dos. Elle les avait cachées à Tyson parce qu’elle voulait qu’il la considère comme une femme normale. Mais les montrer à Sabin la remplissait de fierté. Elle se tourna de nouveau vers lui, en frissonnant.
— Et si on commençait ? dit-elle.
— Tu es sûre que tu veux, Gwendolyn ? demanda-t-il d’une voix épaisse et pâteuse de drogué.
— Nous sommes déjà allés trop loin, rétorqua-t-elle. Tu pourrais t’arrêter, toi ?
Elle, elle n’aurait pas pu, pas même s’il l’avait exigé. Avec ou sans son consentement, elle allait le posséder, le goûter, le sentir en elle, aujourd’hui, sans plus tarder. Elle savait que c’était la harpie qui s’exprimait en elle, mais elle s’en moquait. L’autre jour, sous la douche, il avait tenu à la marquer pour que tout le monde sache qu’elle lui appartenait. Aujourd’hui, c’était à son tour de le marquer.
— Tu es sûre que tu le veux vraiment ? insista-t-il. Que ce n’est pas ta harpie qui décide ?
Décidément, il en faisait, des histoires… Il commençait à l’agacer.
— Arrête de parler. Je te veux. Je ne te laisse pas le choix.
— Très bien, dit-il.
Le monde changea de sens et elle se retrouva le dos contre l’arbre, avec un morceau d’écorce qui lui grattait le dos. Sabin lui écarta les chevilles d’un coup de pied et insinua sa cuisse entre ses jambes, en arrêtant son genou au niveau du clitoris.
— Ce ne sera pas sans conséquences, j’espère que tu l’as bien compris…
— De quoi parles-tu donc ?
— Tu verras bien, gémit-il en lui mordillant l’oreille.
Puis il se pencha vers elle pour s’emparer de sa bouche. Sa langue plongea tout au fond, intrusive, exigeante, curieuse, suppliante, fouillant tous les recoins. Elle fut d’abord remplie d’un goût de menthe, le citron vint en second, puis les deux saveurs se mêlèrent et se fondirent en elle, transportée par son souffle tiède.
Elle enfouit ses doigts dans ses cheveux et l’attira à elle. Leurs dents s’entrechoquèrent, il inclina la tête pour éviter cette barrière. Ses seins effleurèrent son torse en une caresse si prometteuse que ses jambes en tremblèrent. Et soudain elle se retrouva à cheval sur sa cuisse, à se trémousser d’avant en arrière, parcourue d’irrépressibles frissons.
— On peut dire que tu y vas carrément, fit-il remarquer d’une voix rauque.
Elle y allait tellement fort qu’elle eut un orgasme. La harpie poussa un cri furieux. Elle aurait voulu que Sabin soit le premier.
Il fronça les sourcils.
— Mais qu’est-ce que tu fais ? On ne va pas s’arrêter là, j’espère… Je veux beaucoup plus.
Il lui empoigna les fesses, tout en plongeant la tête vers ses seins qu’il se mit à sucer avec une sorte de fureur.
Elle poussa un cri, son ventre frissonna, ses mains agrippèrent de nouveau les cheveux de Sabin.
Par tous les dieux… Avec cette manie qu’il avait de parler tout le temps, il l’excitait encore plus.
— J’aime ta force, murmura-t-elle.
— Je pourrais te retourner le compliment, répondit-il. Et j’aime tout ce que tu as à donner.
Il lui faucha les chevilles pour la faire tomber et la suivit dans sa chute.
— Caresse-moi, ordonna-t-elle.
— Volontiers. C’est si beau… Si doux et humide…
Il avait fermé à demi les yeux et se pourléchait les lèvres, comme s’il savourait d’avance un plat délicieux. Ses pupilles brillaient d’un éclat étrange.
— Tu as déjà eu un amant ? demanda-t-il.
Elle n’avait aucune raison de lui mentir.
— Tu sais bien que oui.
Un muscle de sa mâchoire tressaillit.
— Et ce Tyson t’a traitée correctement ?
— Oui.
Correctement, mais sans plus, parce qu’elle était toujours restée un peu en retrait, de peur de déchaîner la harpie. Avec Sabin, elle ne voulait pas que les choses se passent ainsi. Il était capable de prendre tout ce qu’elle avait à donner. Il voulait tout. Il le lui avait dit.
— Je crois que je vais le tuer, grommela-t-il, tout en pétrissant la pointe de ses seins. Tu penses toujours à lui ?
— Non.
Tyson était en ce moment le cadet de ses soucis.
— Et toi ? demanda-t-elle. Tu as déjà eu des maîtresses ?
— Pas tant que ça, si on considère que je suis vieux de quelques milliers d’années… Mais certainement plus qu’un humain n’en aura jamais.
Elle apprécia son honnêteté.
— Il va donc falloir que je les tue, dit-elle.
Elle avait toujours haï la violence, mais elle se sentait capable de planter un poignard dans le cœur de chaque femme qui avait profité des faveurs de Sabin. Il lui appartenait. Aucune femelle ne devait se souvenir de lui.
— Pas la peine, répondit Sabin avec un regard triste. Elles sont déjà mortes.
Puis il descendit d’un cran, passant de ses seins à son pubis, et entreprit de lui dévorer le sexe avec, sur le visage, une expression de ravissement.
Elle se cambra, le regard tourné vers le ciel, avec l’impression de contempler le paradis. Que c’était bon ! Elle allongea le bras derrière elle et s’agrippa aux racines d’un arbre. Elle s’apprêtait à faire le voyage de sa vie. Mieux valait être attachée.
— Encore ? demanda-t-il.
— Encore.
Ses doigts vinrent à la rescousse. Il aimait ça, visiblement. Il la léchait comme un bonbon et elle se cambrait d’extase à chaque coup de langue.
— C’est très bien, lui dit-il. Je tiens mon sexe dans ma main et je m’imagine que c’est toi qui le tiens. Et en même temps, je m’abreuve à la fontaine du paradis.
Elle poussait maintenant de petits cris rauques qui résonnaient dans la forêt. Elle y était presque… Presque…
— Sabin, je t’en prie…
Il lui mordilla le clitoris et ce fut l’explosion. Un orgasme formidable la secoua tout entière.
Il but son plaisir jusqu’à la dernière goutte.
Il ne lui laissa pas le temps de reprendre son souffle et la fit passer à quatre pattes, encore haletante, pour recommencer à lécher son entrejambe, s’attardant sur les lèvres, mais sans entrer.
— Je ne te vois plus, protesta-t-elle. Je veux te voir.
— Il ne faudrait pas abîmer tes ailes.
Elle apprécia sa délicatesse.
— C’est à moi de te goûter, à présent, murmura-t-elle.
Elle avait hâte de lécher ce tatouage dont la seule vue lui faisait l’effet d’un aphrodisiaque.
— À toi de décider. C’est ça, ou m’accueillir en toi.
Il se colla contre son dos, son visage à quelques centimètres du sien, et attendit sa réponse.
Il lui donnait donc à choisir entre prendre son sexe dans sa bouche, ou se laisser pénétrer. Elle hésita… Puis elle opta tout de même pour la pénétration. Depuis qu’elle avait été blessée par les chasseurs, elle avait compris que les immortels n’avaient pas forcément l’éternité devant eux. Elle ne voulait pas laisser passer l’occasion.
— Viens, dit-elle. Je te boirai une autre fois. Peut-être…
Elle se retourna et attira son visage à elle pour l’embrasser. De nouveau, elle sentit sa langue plonger en elle, avec ce goût de menthe et de citron, et un autre, plus âpre, qu’elle soupçonna d’être le sien.
Il plaça la pointe de son pénis à l’entrée de son vagin. Mais au moment où elle croyait qu’il allait enfin prendre la place qui lui revenait, il se raidit.
— Je n’ai pas de préservatifs, marmonna-t-il.
— Les harpies ne sont fertiles qu’une fois par an et ce n’est pas aujourd’hui, pour moi, répondit-elle. Tu peux venir. Viens. Maintenant.
La seconde d’après, il s’enfonçait en elle jusqu’à la garde. Elle poussa un hurlement de plaisir. Il la remplissait totalement, il atteignait chacune de ses cellules. Et c’était encore plus incroyable que tout ce qu’elle avait pu imaginer.
Il lui mordit le lobe de l’oreille et soupira quand elle lui planta ses ongles dans l’épaule. Elle sentait maintenant son sang tiède couler sur ses doigts. Mmm… Une odeur métallique lui chatouilla les narines et lui mit l’eau à la bouche.
— Je veux… J’ai besoin de…
— Je suis tout à toi. Prends ce que tu veux.
Il allait et venait en elle, furieusement, à un rythme soutenu, et ses testicules venaient battre contre elle.
— Je veux tout.
Elle n’était plus Gwen. Elle n’était plus la harpie. Juste un prolongement de Sabin.
— Je veux ton sang.
Désormais, elle ne boirait plus que son sang.
Il se retira.
Elle poussa un gémissement de protestation.
— Sabin…
Il s’était allongé sur le dos et l’installa au-dessus de lui. Là, il la pénétra de nouveau et ils reprirent ensemble leur frénétique va-et-vient. Des branchages écorchaient les genoux de Gwen, mais la douleur et le plaisir se mêlèrent, se nourrissant l’un de l’autre, l’entraînant de plus en plus loin dans une mer de béatitude.
— Bois, ordonna-t-il en prenant sa tête pour la coller à son cou.
Elle le mordit violemment, lui arrachant un long gémissement rauque, et aspira goulûment le liquide doux et tiède qui coulait dans sa gorge, se répandait en elle comme une drogue, lui brûlait les veines. Elle se mit à trembler contre lui et à gémir.
— Encore, murmura-t-elle.
Elle voulait jusqu’à la dernière goutte de ce sang. La dernière. Tout. Puis elle songea que cela risquait de le tuer et elle s’arracha à lui.
— J’ai failli aller trop loin…
— Tu ne peux pas aller trop loin.
— Tu risques de…
— Je ne risque rien. Et maintenant, donne-moi tout de toi. Comme promis.
Elle recommença à le chevaucher, tandis qu’il lui saisissait les hanches pour l’aider à trouver le bon rythme, la serrant si fort que ses griffes s’enfonçaient un peu dans sa peau. Elle cessa brusquement d’avoir peur et s’abandonna sans retenue à son désir.
— C’est bon, murmura-t-il. Si bon…
Il ne cessait de haleter et de geindre, tout en titillant son clitoris avec son pouce.
— Je voudrais que ça ne finisse jamais…
Elle aussi aurait voulu que cela dure toujours. Rien ni personne ne l’avait jamais ébranlée à ce point, si bien que plus rien d’autre ne comptait. Elle songea que ses sœurs étaient peut-être en train de la chercher et qu’elles ne tarderaient pas à se montrer. Mais elle n’envisagea pas une seconde de s’arrêter.
« Je ne peux pas. Je dois aller jusqu’au bout. »
Elle renversa la tête en arrière et ses longs cheveux frôlèrent le torse de Sabin. Il tendit le bras vers ses seins qu’il saisit à pleines mains en la repoussant légèrement, pour l’obliger à se cambrer. Elle se laissa guider, en s’agrippant à ses hanches.
— Tourne-toi, ordonna-t-il. Je veux ton sang, moi aussi.
Elle hésita. Que voulait-il exactement ? Elle avait peut-être mal entendu. Il la fit pivoter en la saisissant par les genoux, mais sans se retirer d’elle. Quand elle se trouva dos à lui, il enroula ses doigts autour de son cou et la tira en arrière. Puis il planta ses dents dans la peau tendre et elle fut secouée d’un spasme de plaisir.
Il ne but pas longtemps, juste assez pour expérimenter la sensation de se remplir d’elle tout en la possédant. C’était incomparable, nécessaire, terriblement sauvage et libérateur. Il eut un orgasme. Presque en même temps que Gwen et la harpie.
Ensuite, ce fut le calme et le silence. Gwen ne bougeait plus. Elle respirait à peine. Sabin haletait. La main qui tenait les hanches de Gwen relâcha son étreinte.
La harpie ne se manifestait plus, et Sabin se demanda si Gwen ne s’était pas évanouie : elle ne bougeait plus du tout.
Mais elle n’était pas évanouie. Elle était juste bien. Si bien… Elle était allongée sur son amant, elle avait encore son sexe en elle, il l’enveloppait dans ses bras. Des étoiles dansaient devant ses yeux. Mais peut-être étaient-ce les rayons du soleil qui dansaient entre les nuages.
— Je ne t’ai pas violé, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en rougissant.
Il éclata de rire.
— Tu plaisantes ?
— Pas du tout. Je me souviens ne pas t’avoir laissé le choix.
Elle avait les paupières lourdes et luttait visiblement contre le sommeil. Ses yeux s’ouvraient et se fermaient. Si ses sœurs la trouvaient endormie, elles allaient s’affoler. Elles seraient atrocement déçues et elles auraient raison. Son enlèvement ne lui avait donc rien appris ?
— Tu as été parfaite, assura-t-il.
Il faisait tout pour l’amadouer et l’inciter à se laisser aller. Elle se raidit et lutta de nouveau pour demeurer éveillée. Crainte n’allait pas tarder à se manifester. Chaque fois qu’elle se rapprochait de Sabin, il cherchait à semer la zizanie entre eux.
— Que se passe-t-il ? demanda Sabin.
— Je me préparais à un assaut de Crainte.
Elle soupira. Il allait sans doute la trouver excessivement méfiante.
— Quand tu es trop gentil avec moi, il se manifeste, ajouta-t-elle.
Sabin déposa un baiser au creux de son cou, là où la peau était si tendre.
— Je crois qu’il a peur de ta harpie. Dès qu’elle se montre, il fait le mort.
Elle remarqua le ton mêlé de crainte et d’admiration. Et aussi l’air rêveur, comme si cette pensée lui en inspirait une autre. Mais laquelle ?
— Enfin quelqu’un qui a peur de moi, fit-elle remarquer avec un sourire triste. Ça me plaît.
— À moi aussi.
Il la caressa entre les seins et étira son index vers un téton.
— Les harpies ont-elles des points faibles que je devrais connaître ?
Elles en avaient, mais l’admettre aurait été s’exposer à des représailles. Ses sœurs la renieraient, comme l’avait fait sa mère. Certaines règles ne souffraient pas d’exception. Et… Elle avait de plus en plus de mal à réfléchir. Elle sombrait lentement dans la léthargie. Elle se mit à bâiller et se pelotonna contre Sabin, tout en cherchant à lutter pour rester éveillée.
— Gwen ? dit-il d’une voix douce qui résonna pourtant à ses oreilles comme un coup de tonnerre.
Elle s’y accrocha, pour ne pas sombrer.
— Oui ?
— Tu t’es endormie au moment où tu t’apprêtais à me révéler les points faibles des harpies.
Vraiment ? Elle s’apprêtait à les lui révéler ?
— Pourquoi tiens-tu tant à savoir ?
— Pour t’aider à y remédier.
L’argument était de taille… « Mais tu ne vas tout de même pas lui parler de ça ! » Et pourquoi pas ? Puisqu’il voulait l’aider à y remédier…
— Tu peux me le dire, insista-t-il. Je ne m’en servirai pas contre toi.
Il avait déjà admis qu’il plaçait sa cause au-dessus de tout. Serait-il capable de trahir cette promesse pour cette cause ? Elle soupira. Son esprit sombrait lentement dans les ténèbres. « Ne dors pas. Surtout pas. »
Elle décida qu’elle pouvait lui faire confiance. Il l’aimait.
— Nos ailes, répondit-elle enfin. Si elles sont brisées, coupées, ou simplement attachées, nous perdons nos pouvoirs. C’est comme ça que les chasseurs ont réussi à me piéger. Ils n’étaient pas au courant, mais en m’enveloppant dans une couverture, ils ont paralysé mes ailes.
Il la serra contre lui. Pour la réconforter ?
— Nous allons réfléchir à un moyen de les protéger, pour qu’une telle chose ne puisse pas se reproduire. Mais tu vas aussi devoir t’entraîner avec les ailes attachées. On ne sait jamais…
Sa voix se fit lointaine, les ténèbres plus épaisses. Elle songea qu’elle avait enfreint beaucoup de règles en quelques heures. En se pelotonnant contre ce guerrier et en laissant le sommeil l’envahir peu à peu. En lui désignant le point faible des harpies…
Si elle s’endormait dans cette forêt, Sabin allait devoir la porter jusqu’au château. Et ses sœurs la verraient arriver, faible et sans défense. Justement ce qu’elle aurait voulu éviter.
« Je cumule les erreurs…»
— Ne les laisse pas voir que…
Trop tard, elle n’avait même plus la force de parler. Elle sombra.